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27/11/2007

Evènements - Conférence

Version 3.2 - Modifié le 26/02/2008.



Conférence à la Littéraire de Liège du 15/02/2008


A.- La rencontre.

Ma hantise est qu’un dessinateur de bandes dessinées (BD) puisse avoir le gros cou. Une BD, c’est du rêve. Une héroïne, c’est de l’encre sur du papier. Le dessinateur, c’est un poète.

Ainsi en novembre 1982, Natacha venait d’avoir 15 ans, Paul Pevée, médecin à Cheratte, fief de François, m’affirma que son chef scout était un type bien.

Quelques jours plus tard, à l’improviste, je me rendis chez lui afin de le connaître. Sa maman, une charmante femme d’un certain âge, m’ouvrit la porte et me fit pénétrer dans la cuisine où elle me servit un café avec un large sourire. J’avais 36 ans.

Elle me parla de son fiston durant une heure et comme il ne revenait toujours pas nous avons convenu que je reviendrais plus tard. J’étais content de ne pas l’avoir vu. Timide je préférais m’imprégner de l’ambiance des lieux avant de rencontrer celui que je considérais et considère toujours comme un Maître. Je garderai toute ma vie ce contact chaleureux.

Ce fut au début de 1983 que je le rencontrai. Souriant il m’introduisit dans son antre dont les murs étaient couverts de dessins. 

Dans le feu de la conversation je m’entends lui demander s’il accepterait que je conçoive un scénario pour lui et fus le premier étonné d’une réaction positive. Mais il me prévint que cela prendrait beaucoup de temps parce qu’il était surchargé de scénarios.

L’année 1983 fut celle de la réflexion. En décembre je lu dans le Figaro la composition de la drogue qui transforme un homme en zombie et le 21/12/1983 je commençai la première ligne de « Planche à voile pour Natacha » qui devint «  Atoll 66  ».

En 1985 François reçut le scénario, en 2001 il me fit parvenir la planche 1 en brouillon.

L’aventure commençait.


 

2.- Le scénario.

Le scénariste conçoit l’histoire et les dialogues jusqu’à la conception de la dernière image, mais François adore remanier le récit en fonction de son expérience et de sa sensibilité.

Le scénario d’une BD s’apparente à celui d’un film. Le scénariste ou concepteur de l’histoire n’offre pas de différence.  Dans un film le réalisateur gère des acteurs et dans une BD le dessinateur gère des héros de papier.

Bref si une BD est mauvaise ce sera la faute du scénariste mais si elle est excellente ce sera grâce au dessinateur. Et c’est bien comme cela.

Le « code source » de mon récit est l’effet papillon : Un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York. Edward Lorenz, météorologue, a découvert en 1972 que l’infime variation d’un élément peut s’amplifier progressivement jusqu’à provoquer des changements énormes au bout d’un certain temps.

Adapté à Atoll 66 cela devient une gigantesque farce axée sur un double quiproquo, bref c’est du théâtre de plein air. Nous avons l’unité de lieu, une île, et l’unité de temps, 24 heures. Bref une atmosphère.

Bref résumé : Natacha doit remettre un colis dans lequel il y a une paire de lunettes et quelques babioles sans importances. Suite à la bêtise de deux individus et d’un douanier dont le chien n’est pas très futé une partie de l’île va exploser. Chaque chapitre va crescendo jusqu’à l’explosion finale avec trois temps morts prévus pour le repos du lecteur.

Je voulais que le lecteur pense à Natacha à la lecture de toutes les cases, 2 trucs :

1. - Le kidnapping. Si un être cher est kidnappé on pensera obligatoirement à lui tous les jours. Mais s’il est en vacances on n’y pensera que de temps en temps. Et pourtant dans l’un et l’autre cas la personne chère sera absente.

2.- Le second moyen fut la «  blessure » provoquée par l’absorption partielle d’une drogue destinée à transformer un être humain en zombie. Les ingrédients mentionnés sont exacts mais la recette restera secrète.

Victor Hugo, Léopold Sedar Senghor sont mon brin de poésie, les petits gags, les références aux Rolling Stones et autres sont de François Walthéry.

En fin de récit le lecteur ignore ce qu’il y a dans le colis, c’est voulu afin de réaliser éventuellement une suite. Elle devra être originale, haletante et devra surprendre le dessinateur. C’est un défi. Le lecteur est respecté, l’histoire est terminée.

3.- Présentation de François Walthéry.

Daltonien, né pour dessiner des « petits Mickets », mais pas pour les mettre en couleur, enfant de Cheratte, près de Liège en Belgique, il vit parmi les pigeons. (Le vieux Bleu).

Collectionner des statues de Tchantchès ou des nains de jardin serait « normal », mais chez lui vous ne verrez ni Tchantchès, ni Schtroumpfs pourtant il a dessiné l’un et l’autre ainsi que Pipo, Jacky et Célestin, Benoît Brisefer, Johan et Pirlouit, le p’tit bout d’chique

D’une gentillesse rare il sait ce qu’il veut. Jamais il ne vous contredira car il a le sens inné de la diplomatie. Il suffit d’un regard, voire d’un silence plus ou moins long et vous aurez compris que votre idée, quoique excellente, n’est peut-être pas la bonne.

Riche en amitié, c’est un être profond. Il est fidèle envers ses maîtres que sont Mittéï, Peyo, Cauvin, Tillieux, qui furent aussi ses scénaristes, ou bien Franquin qu’il vénère.

Natacha est née en novembre 1967 avec Gos, François Walthéry avait 21 ans. Quarante ans plus tard il publie « Atoll 66 » sa 20ème aventure. C’est un double anniversaire. C’est aussi les 10 ans des éditions Khâni.

4.- Présentation de Bruno Di Sano.

Dans un garage un superbe dessin de femme fixé au mur par 4 punaises s’appelle une pinup. Avant d’être dessinateur Bruno Di Sano fut mécanicien automobile. Il aime dessiner des « femmes punaisées ».

Son héroïne s'appelle Johanna, en collaboration avec François Walthéry mais en 2007 il reprend la série Rubine , aventures policières américaines sur scénarios de Mythic.

A cette conférence nous avons l’honneur d’accueillir François-Xavier Nève de Mévergnies, linguiste de haut niveau.

- Tu auras remarqué, François-Xavier, que les quelques phrases en wallon ne correspondent pas au stress de la scène vaudoue. C’est notre clin d’oeil à la culture wallonne.

- François-Xavier, accepterais-tu de poser la première question ?